
Psoriasis : apaiser la peau au quotidien, ce qui aide vraiment
Disons les choses clairement dès la première ligne, parce que personne ne rend service à personne en entretenant le flou : le psoriasis est une maladie, et on ne sait pas la guérir. Aucune huile, aucun savon, aucun rituel — aussi anciens et respectables soient-ils — n’y changera quoi que ce soit. Cela relève du dermatologue.
Cette page n’existe donc pas pour vous vendre une solution. Elle existe parce que beaucoup de personnes concernées cherchent, en plus de leur suivi médical, comment rendre leur peau plus confortable au quotidien. C’est un objectif modeste, atteignable, et sur lequel les cosmétiques ont réellement quelque chose à apporter.
Ce qu’est le psoriasis, en quelques lignes
Table des matières
C’est une maladie inflammatoire chronique de la peau, d’origine immunitaire, non contagieuse. Le renouvellement des cellules de l’épiderme s’y fait beaucoup trop vite : au lieu de trois à quatre semaines, quelques jours. Les cellules s’accumulent en plaques rouges recouvertes de squames blanchâtres.
L’Assurance Maladie le formule sans ambiguïté : la maladie « évolue de façon chronique, associant des poussées de durée variable entrecoupées de rémissions également de durée variable », et « à l’heure actuelle, on ne sait pas guérir cette maladie, mais des traitements permettent d’en réduire les symptômes et d’améliorer la qualité de vie ».
Deux mots comptent ici : rémission et poussée. Une peau redevenue nette est en rémission, pas guérie. C’est une distinction médicale, pas une nuance de vocabulaire — et c’est elle qui évite les faux espoirs et les rechutes vécues comme des échecs personnels.
Ce que nous ne dirons jamais sur cette page. Qu’il faut arrêter un traitement prescrit, « éliminer les résidus de cortisone », ou remplacer un dermocorticoïde par une huile. L’arrêt brutal d’un traitement peut déclencher une poussée sévère. Si vous souhaitez modifier votre traitement, c’est avec votre médecin que cela se décide, jamais seul et jamais d’après un article.
Ce qu’un soin cosmétique peut faire — et ce qu’il ne peut pas
La réglementation européenne est nette sur ce point, et elle a raison de l’être : un cosmétique ne traite pas une maladie. Ce qu’il peut légitimement revendiquer tient en trois choses, et elles ne sont pas rien quand on vit avec des plaques.
- Limiter la sécheresse. Une peau psoriasique est une peau qui perd son eau trop vite. Un corps gras bien choisi ralentit cette perte.
- Réduire la sensation de tiraillement et l’inconfort qui l’accompagne.
- Assouplir les zones rugueuses, ce qui limite les fissures — et une plaque qui ne se fissure pas est une plaque qui gratte moins et qui s’infecte moins.
Ce qu’aucun cosmétique ne peut faire : agir sur l’inflammation de fond, espacer les poussées, ou modifier l’évolution de la maladie.
Ce que dit réellement la recherche sur les émollients
Une étude allemande de 2021
Publiée dans Der Hautarzt, elle a suivi des patients atteints de psoriasis léger à modéré qui utilisaient une crème émolliente en complément de leur traitement dermatologique, pendant quatre semaines. Résultat : le score de qualité de vie s’est amélioré de 35 %, et le score de sévérité local a baissé de 19 %.
Deux précisions d’honnêteté. C’est une étude observationnelle, pas un essai randomisé. Et l’émollient venait s’ajouter au traitement, jamais le remplacer. C’est exactement la place qu’il faut lui donner.
Pour le cuir chevelu, la revue Cochrane de 2016 — 59 essais, plus de 11 000 participants — classe les corticoïdes topiques devant les analogues de la vitamine D, eux-mêmes devant les excipients simples. Elle conclut à des preuves insuffisantes pour l’acide salicylique, les goudrons et le dithranol. Autrement dit : les remèdes traditionnels du cuir chevelu n’ont pas fait leurs preuves, et il faut le savoir avant d’y consacrer son argent.
Les gestes qui changent vraiment le confort
- Douche tiède et courte. L’eau chaude dissout le film gras qui protège la peau. Cinq minutes à 35 °C valent mieux qu’un long bain brûlant, même si le second soulage sur le moment.
- Un nettoyant sans tensioactif agressif. Un savon surgras ou un pain doux type savon au lait de chèvre est mieux toléré qu’un gel douche parfumé. On ne parle pas d’un effet sur la maladie, mais de ne pas aggraver ce qui l’est déjà.
- Séchez en tamponnant, jamais en frottant. Le frottement peut déclencher une plaque sur une zone saine — c’est le phénomène de Koebner, bien connu des dermatologues.
- Appliquez votre émollient dans les trois minutes qui suivent la douche, sur peau encore humide. C’est le moment où il retient le plus d’eau.
- Coupez les ongles court. Le grattage entretient les plaques ; c’est le cercle le plus difficile à briser.
- Le hammam, avec prudence. La chaleur humide assouplit les squames et beaucoup de personnes s’y sentent mieux. Mais évitez le gant kessa sur les plaques : frotter une lésion, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Notre article sur le rituel du hammam décrit le déroulé complet.
Le contre-pied qui va vous surprendre : l’huile d’olive
On la recommande partout pour les peaux sèches. Les données disent autre chose.
Une étude contrôlée publiée dans Pediatric Dermatology a comparé, sur des volontaires, l’application répétée d’huile d’olive et d’huile de tournesol. L’huile d’olive a dégradé la fonction barrière de la peau — perte en eau significativement augmentée, stratum corneum aminci — et provoqué un léger érythème. L’huile de tournesol, elle, a préservé la barrière. Une revue de 2019 dans la même revue conclut que l’huile d’olive « peut aggraver la xérose et la dermatite atopique ».
La tradition a beaucoup de choses justes à nous apprendre. Celle-ci n’en fait pas partie, et nous préférons vous le dire plutôt que de vous vendre un flacon.
Deux choses que nous ne vous dirons pas
Que le beurre de karité agit sur le psoriasis. Il n’existe aucune donnée clinique là-dessus. C’est un corps gras occlusif de bonne qualité, utile contre la sécheresse comme n’importe quel émollient. Rien de plus, et c’est déjà utile.
Que l’huile de cade est une solution. Elle revient constamment dans les remèdes traditionnels du cuir chevelu. Or l’huile de cade brute contient des hydrocarbures aromatiques polycycliques en quantité importante, l’IFRA en interdit l’usage sous forme brute, et la littérature médicale rapporte des intoxications graves après application cutanée, dont un décès de nouveau-né publié en 2024. Nous ne la vendons pas, et nous vous déconseillons formellement d’en appliquer sur un enfant, une femme enceinte ou une peau lésée.
Vos questions
Peut-on guérir du psoriasis naturellement ?
Non. On peut connaître de longues rémissions, parfois de plusieurs années, et c’est déjà beaucoup. Mais la prédisposition reste. Toute personne ou tout site qui vous promet une guérison définitive vous vend quelque chose.
Faut-il arrêter la cortisone si la peau va mieux ?
Jamais de votre propre initiative. L’arrêt brutal d’un dermocorticoïde peut provoquer un effet rebond. La décroissance se décide et s’organise avec le médecin qui l’a prescrit.
L’alimentation joue-t-elle un rôle ?
Les données restent limitées et hétérogènes. Ce qui est établi, en revanche, c’est le lien du psoriasis avec le surpoids, le tabac et l’alcool. Un régime « anti-psoriasis » miracle n’existe pas ; parlez-en à votre médecin plutôt qu’à un forum.
Le soleil aide-t-il ?
Beaucoup de personnes constatent une amélioration l’été, et la photothérapie est un traitement dermatologique reconnu. Mais l’exposition sauvage expose au coup de soleil, qui peut lui-même déclencher une poussée. C’est encore une question à poser à votre dermatologue.
Et le stress ?
Il est largement rapporté comme facteur déclenchant de poussées. Ce n’est pas « dans la tête » : c’est un facteur parmi d’autres dans une maladie immunitaire. Le prendre au sérieux fait partie du suivi, sans culpabiliser qui que ce soit.
Le psoriasis est-il contagieux ?
Absolument pas. Cela mérite d’être répété, parce que le regard des autres pèse souvent plus lourd que les plaques elles-mêmes.
Avertissement : le psoriasis est une maladie qui relève d’un suivi médical. Cet article est donné à titre informatif, ne constitue pas un avis médical et ne propose aucun traitement. Les produits cosmétiques mentionnés relèvent du confort cutané et n’ont aucune action sur la maladie. Consultez un dermatologue pour tout diagnostic, toute prescription et toute modification de traitement.
À lire aussi sur OrientaLab
- Le rituel du hammam, étape par étape
- Savon noir et gant kessa : mode d’emploi
- Cosmétiques naturels : par où commencer
- Nos marques et leurs fabricants
Sources
- Assurance Maladie — Comprendre le psoriasis
- von Martial S. et al., 2021 — Émollient en traitement adjuvant du psoriasis vulgaire, Der Hautarzt
- Schlager J.G. et al., 2016 — Traitements topiques du psoriasis du cuir chevelu, revue Cochrane (59 essais, 11 561 participants)
- Danby S.G. et al., 2013 — Effet de l’huile d’olive et de l’huile de tournesol sur la barrière cutanée, Pediatric Dermatology
- Karagounis T.K. et al., 2019 — Huiles « naturelles » et hydratation : olive, coco, tournesol, Pediatric Dermatology
- Amrani R., 2024 — Intoxication néonatale mortelle par application cutanée d’huile de cade, Cureus
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Sources et études scientifiques
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